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12/04/2008

EDGAR MORIN "LA RUMEUR D'ORLEANS"

HISTOIRE D’UNE RUMEUR D’EDGAR MORIN

Extraits du livre « La Rumeur d’Orléans » page 17

En mai 1969 naît, se répand et se déploie à Orléans, le bruit qu’un, puis deux, puis six magasins d’habillement féminin du centre de la ville organisent la traite des Blanches. Les jeunes filles sont droguées par piqûre dans les salons d’essayage, puis déposées dans les caves, d’où elles sont évacuées de nuit vers des lieux de prostitution exotique. Les magasins incriminés sont tenus par des commerçants juifs.

Il s’agit là d’une rumeur à l’état pur. Pur à double titre :

a)       il n’y a aucune disposition dans la ville, et plus largement aucun fait qui puisse servir de point de départ ou d’appui à la rumeur

b)       l’information circule toujours de bouche à oreille, en dehors de la presse, de l’affiche, membre du tract ou du graffiti.

L’ARRIERE-FOND ET L’ORIGINE

Une rapide prospection nous révèle que ni le thème salon d’essayage-traite des Blanches, ni la mise en cause de commerçants juifs ne sont originaires d’Orléans.

Le salon d’essayage piégé

On trouve le thème du salon d’essayage piégé, antichambre clandestine du mystère et du danger, dans les basses eaux de la culture de masse, d’une part dans l’univers de la fiction à bon marché, d’autre part dans le journalisme à sensation.

Dans la première catégorie citons Un couvent dans le vent par Maz (collection, Mystère-Espionnage, Presse de la Cité, 4ème trimestre 1968) qui narre une des aventures de Shhérazade, superbe rousse et agent secret britannique. D’innocentes clientes subissent l’action d’un gaz hypnotique dans le sallon d’essayage de la boutique Véronique à Piccadilly ; un mur coulissant s’ouvre sur un laboratoire secret où on les dépouille à la fois de leurs sous-vêtements, de leur conscience et de leur identité.

Dans la seconde catégorie, il semble qu’il y ait à la source des informations de presse sur une ou plusieurs affaires de trafiquants démasqués, qui auraient fourni comme le ou les modèles de scénarios imaginaires, dont celui d’Orléans. Nous n’avons pas eu le loisir d’effectuer une enquête rétrospective Dans ce sens, mais comme nous discutons de notre recherche, au moment où nous corrigeons ce manuscrit, avec notre amie Annette Roger, celle-ci évoqua un souvenir. Incarcérée à la prison des femmes de Marseille en 1959 pour soutien au F.L.N. algérien, elle y avait connu une détenue, condamnée pour complicité dans une affaire de traite des Blanches. Une jeune fille avait été droguée pendant qu’elle essayait un corset dans la boutique de deux vieilles commerçantes de la rue Saint Ferréol. Son fiancé, qui s’impatientait au dehors, était entré, et, devant le trouble des commerçantes, avait vérifié l’arrière-boutique où il avait trouvé la jeune fille sans connaissance. Le milieu des trafiquants marseillais…..

Je ne peux retranscrire le livre entier. Je vous conseille de vous le procurer afin de connaître cette histoire qui ressemble beaucoup aux histoires des rumeurs qui éclaboussent beaucoup tous les gens qui sont liés de prés ou de loin.

D’autres passages du livre seront publiés ultérieurement…

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